Introduction

 

De tout temps, l’homme a eu une préoccupation majeure : comment vivre en paix avec lui-même et comment vivre en paix avec les autres, avec ses semblables ? Par autres et semblables, nous pouvons entendre ses congénères, sa famille, ses compatriotes comme ses voisins étrangers lorsqu’il s’agit des Etats.

La recherche de la paix sociale (politique intérieure) et de la paix internationale sont depuis les deux guerres mondiales une préoccupation de tous les gouvernements, qu’il s’agisse des démocraties libérales ou des régimes dictatoriaux, tout le monde cherche à arriver à la paix.

Nous pouvons même remonter depuis la Grèce et la Rome antique ou encore l’Egypte pharaonique, pour trouver des théories sur la paix. C’est ainsi que le Peuple Juif, le peuple de Dieu devrait quitter l’Egypte pour vivre en paix en Terre Sainte, sous la conduite de Moïse.

Mais au lieu de cela, le monde est toujours en guerre. Aujourd’hui, de nombreuses institutions politiques, citoyennes, laïques et même religieuses réfléchissent à la question de la paix.

Comment arrive-t-on à la paix ? Peut-on parler de paix véritable? Mais surtout qu’est-ce que la paix ? Comment la définir ? Peut-on la mesurer… ? Les Etats peuvent-ils vivre en paix les uns avec les autres ?

 

C’est ce que nous allons discuter dans cet essai.

 

 

 

1-      Retour vers l’histoire

 

Pour le dictionnaire Le Petit Larousse Illustré, le mot paix vient du latin « pax, pacis ». Il s’agit de la « situation d’un pays qui n’est en guerre ».

Cette définition n’aborde pas toutes les facettes que peut recouvrer la notion de paix. En effet, la paix est un concept difficile à cerner et à définir car lorsque l’on parle de paix, on se pose la question de savoir de quelle paix parle-t-on ? Chaque pays y va souvent de sa définition de la paix, en fonction de son idéologie, de sa pratique politique, de sa conception des droits de l’homme, de l’Etat de droit…

Les Grecs et les Romains distinguaient le monde civilisé et le monde barbare. Pour les Grecs, les hommes civilisés vivent dans la « Cité » désignée comme la forme la plus aboutie de l’organisation sociale et politique. C’est dans ce lieu que s’organise la politique « l’art de gérer la Cité » et c’est dans ce lieu que l’homme peut vivre en paix car au-delà de la cité règne la barbarie, l’anarchie.

Pour les Romains, la stratégie consistaient à conquérir des terres et proposer la paix aux peuples conquis ou vaincus. « Vous voulez vivre en paix, intégrez donc le territoire de Rome».

Sur le plan historique, nous pouvons dire que si l’homme a toujours recherché la paix, il a cependant passé son temps à faire la guerre. Jusqu’aux deux guerres mondiales, l’Europe par exemple oscille entre guerre et paix, le temps de paix étant souvent court et lié aux accords entre royaumes et empires. Ces accords sont souvent eux-mêmes liés aux mariages entre princes héritiers et princesses héritières. Ainsi, les frontières des royaumes et empires ont souvent bougé en Europe. Jusqu’aux deux guerres mondiales d’ailleurs, les frontières des Etats européens ne cesseront de bouger.

 

Les premiers vrais traités de paix de l’ère moderne ne datent que du 17ème siècle. Il s’agit des Traités dits de Westphalie qui sont au nombre de trois :

 

-          La paix de Münster signé le 30 janvier 1648 entre les Provinces-Unies et l-Empire Espagnol,

 

-          Puis deux traités furent signés le 24 octobre 1648 :

 

o   Le Traité de Münster entre la France et l’Empereur du Saint-Empire romain germanique, et

 

o   Le Traité de Osnabrück entre l’Empire suédois et le Saint-Empire romain germanique.

 

Tous ces traités vont apporter une période de relative accalmie en Europe. Il va y avoir moins de guerres entre les nouvelles Nations européennes.

 

Il y a un élément non négligeable dans la recherche de la paix en Europe : l’avènement de la colonisation. Celle-ci va être le théâtre de conflits entre puissances européennes, notamment entre la France et la Grande Bretagne qui vont se constituer chacun un vaste empire colonial.

 

Les Occidentaux vont ainsi transférer en Afrique, leurs rivalités territoriales. Deux exemples vont symboliser cette rivalité : La course entre Français et Anglais dans la conquête de Fachoda (Soudan) et le conflit entre France, la Belge de Léopold II et le Portugal dans pour l’occupation du bassin conventionnel du Congo. Ce conflit amènera d’ailleurs Otto Eduard Leopold Von Bismarck, 1er chancelier impérial allemand et grand géostratège, à convoquer la conférence de Berlin pour entériner les modes des conquêtes territoriales en Afrique.  

En Afrique pré Traite Négrière, l’histoire a plus retenu les conquêtes guerrières. Les cours enseignés dans les écoles et même dans les universités parlent plus des conquêtes de Soundiata Keita ou de Sonni Ali Ber dit « Ali Le Grand » en parlant de l’Afrique de l’Ouest.

En Afrique Centrale, on parle des conquêtes des rois de Kongo, de ses conflits avec les royaumes voisins Teke et Loango.

Il faut attendre les travaux des anthropologues, ethnologues, des historiens et sociologues pour apprendre plus sur la vie quotidienne des populations africaines, comme si l’histoire de toute société ne prend de sens que si celle-ci faisait des conquêtes guerrières. 

 

 

 

2-      Les deux guerres mondiales et la fin de l’illusion

 

Les guerres de colonisation ont donné un semblant de calme en Europe. Il s’agit là d’un calme apparent car les Etats européens dans leur ensemble vivent dans un fragile équilibre de force. Il s’agit des puissances qui se font concurrence et en réalité, la guerre n’est jamais loin. A cela s’ajoute l’industrialisation de l’Europe qui va de pair avec le développement de l’armement.

De nombreux politiques et spécialistes pensent même que le monde vivra plus en paix car les guerres se veulent maintenant courtes, vu la puissance de destruction acquise par les Etats, par le moyen du développement de l’industrie militaire. Forte de cette analyse, les Européens vont donc tout faire pour essayer de sauver la paix.

 

Malheureusement, les deux guerres mondiales vont remettre en cause le paradigme de l’équipe de force. La paix est menacée en Europe. Les pays européens vont se détruire mutuellement dans deux guerres (1914-1918 et 1939-1945) civiles qui deviendront avec l’entrée en guerre de l’Afrique, de l’Asie, de l’Australie et surtout des USA, des guerres mondiales.

 

Après la 1ère guerre mondiale (1914 – 1918) et ses 6 000 000 de morts, l’espoir d’une paix durable se fait jour. Cela est incarné par la création de la Société des Nations. Mais celle-ci échouera dans sa mission de garantir la paix et la sécurité internationale.

Vingt ans après la fin de la première guerre mondiale, l’Europe, puis le monde connaitra une nouvelle guerre mondiale, avec cette fois-ci 50 000 000 de morts.

La création de l’ONU va redonner au monde un nouvel espoir de paix. Mais cela est une paix armée. C’est-à-dire que les Nations vont s’armer pour mieux se protéger des agressions de leurs voisins. Cela va confirmer la maxime « qui veut la paix prépare la guerre ». Il y aura donc la course aux armements entre les deux nouvelles grandes puissances (l’URSS et les USA) et leurs alliés.

L’ONU va néanmoins être le lieu de discussion et de résolution des différends sans passer par la guerre. La paix et la sécurité internationale seront garantie, même si nous allons avoir ici et là des guerres soit d’indépendance, soit de lutte pour la démocratie (les pays de l’Afrique Australe comme la Namibie, le Mozambique, le Zimbabwe, l’Angola). L’ONU parlera de culture de la paix.

« Selon la définition des Nations Unies, la culture de la paix est un ensemble de valeurs, attitudes, comportements et modes de vie qui rejettent la violence et préviennent les conflits en s'attaquant à leurs racines par le dialogue et la négociation entre les individus, les groupes et les Etats ».

 

Aujourd’hui, les Etats comme l’Israël, l’Iran, la Chine, la Corée du Nord sont persuadés que la puissance nucléaire les protège des agressions extérieures. Ainsi, ils pourront vivre en paix. L’Israël est persuadé que sa puissance militaire la protège contre les menaces de ses voisins arabes.

La paix devient donc une paix armée. Les historiens parleront malgré tout de guerre froide pour définir cette guerre idéologique (1945 – 1989) entre le bloc communiste (dirigé par l’URSS) et le bloc capitaliste (avec les USA comme leader). Chacun affirmant que son modèle mènera les Nations à la paix. Le mal, c’est l’autre. Ainsi, on fait la paix car on a conscience de la capacité de destruction mutuelle.

Si le monde vit dans une relative paix depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, c’est parce que les puissances européennes et américaines sont conscientes qu’elles peuvent se détruire mutuellement et même s’il y a un vainqueur, celui-ci subira néanmoins d’énormes dégâts. 

 

 

3-      Les indépendances en Afrique et la problématique de la paix

 

Jusqu’en 1960, les territoires d’Afrique Noire sont le prolongement des puissances coloniales occidentales, à l’exception du Ghana de Kwame NKrumah qui obtient son indépendance dès 1957.

Il faut donc attendre les années 1960 pour voir la grande partie des colonies d’Afrique Noire intégrer le concert des Nations.

Ces jeunes Etats indépendants n’ont pas hérité les anciens territoires des royaumes et empires africains. La colonisation avait complètement modifié les anciennes frontières ethniques. En effet, la carte des Etats africains ressemble en rien à la carte des royaumes et empires africains. Ainsi, pour donner un exemple, Brazzaville et Kinshasa qui appartenaient au peuple Teke se retrouvent appartenir à deux pays qui sont plutôt en froid. Les deux Congo ont aussi en commun les peuples Kongo, Ngala…

On retrouve cette réalité un peu partout en Afrique. Cependant, cela n’a pas entrainé des conflits car l’administration coloniale a usé d’une main de fer pour tenir les colonies. Dans le même temps, le colonisateur n’a pas régler les conflits latents. Au contraire, les occidentaux ont même exacerbé ces conflits à l’approche des indépendances, allant même jusqu’à soutenir des mouvements de rébellion contre les jeunes Etats, semant partout la zizanie : les exemples du Congo-Kinshasa (sécession du Katanga) et du Nigéria (la guerre du Biafra) sont très édifiant.

Après les indépendances, Etats africains, ou mieux les jeunes leaders politiques des jeunes Etats africains ont plus passé leur temps à se battre pour la conquête du pouvoir que pour son exercice dans l’intérêt des populations.

Le plus grand échec des jeunes Etats africains, c’est de n’avoir pas pu ou su construire de véritables Nations gérées par des appareils appelés « Etats » et que pour cela, il faut des ressources humaines nommées « fonctionnaires ». Cet échec constitue la plus grandes menaces à la paix et la sécurité en Afrique. Et il n’y a pas pire menace que la guerre civile car il s’agit des gens, des populations qui vivent côte à côte depuis des siècles, il y a des alliances par le biais des mariages, ce qui suppose des enfants appartenant aux deux familles issues d’ethnies différentes. Mais malheureusement ils sont aussi prêts à se détruire à coup de hache ou de fusil dans des guerres civiles.

Dans une Nations, les populations différentes à l’origine par leurs cultures, leurs habitudes, leurs manières, leurs croyances, leurs cosmogonies… (Hutu et Tutsi, Kongo, Ngala, Téké et Loango…), acceptent de faire un pas de côté, pour noyer certains éléments de leurs cultures traditionnelle dans une culture unique qui sera appelée la culture nationale. Ceci est un projet national et non un discours de dictateur. Il faut perdre pour gagner. Perdre des éléments «ethniques, régionales pour gagner in fine des éléments nationaux partagés par tous : du président de la république au bas peuple. Cela s’appelle aussi Etat de droit.   

 

 

 

4-      L’impossible construction de la paix en Afrique

 

Il est un élément important à souligner sur la gestion des colonies : Alors que la démocratie était le mode de gestion politique et économique en Europe occidentale, la France, la Grande Bretagne, le Portugal et la Belgique ont eu une gestion violente, très violente des colonies. Cette violence n’est pas différente de la violence des pouvoirs africains actuels.

Dans la colonie du Congo Belge, la population s’est réduite de moitié. La Belgique a été obligée de retirer à son roi Léopold II la gestion de cette colonie qui est devenue la colonie de la Belgique. En effet, le Congo Belge fut au départ la propriété privée du roi Léopold II, comme il est devenu pendant 34 ans la propriété privée de Désiré Mobutu dit « Mobutu Sese Seko ».

En Afrique Equatoriale Française, la conquête coloniale française fut violente. On se rappelle de la mort de Mabiala Mangana, tué par le commandant Marchand. De Brazza lui-même sera démis de ses fonctions à cause des atrocités de son administration sur les populations.

La violence dans les colonies va s’accroitre avec les luttes pour les indépendances. Pour les colonies du Portugal (Angola, Mozambique), cela va durer jusqu’en 1975.

Après les indépendances, les pays comme le Ghana ou le Nigeria ont gardé dans leurs législations les lois les plus répressives mises en place par les colonisateurs anglais. D’ailleurs, il est intéressant de relire la pièce de théâtre d’Aimé Césaire « une saison au Congo » ou encore celle de Guillaume Oyono Mbia « Le vieux nègre et la médaille » (pour ne citer que ces deux-là) pour comprendre l’incompréhension des Africains qui ne voyaient au final pas de changement entre l’époque coloniale et l’après indépendance : il y avait toujours des policiers, même s’ils étaient Noirs et non plus Blancs, on allait toujours en prison pour tel ou tel délits, surtout l’injure au chef d’Etat… Les jeunes chefs d’Etats sont devenus de véritables monarques, Houphouët Boigny de Côte-d’Ivoire, Sékou Touré de la Guinée, Omar Bongo du Gabon, Paul Biya du Cameroun, Denis Sassou Nguesso1 du Congo-Brazzaville, Robert Mugabe du Zimbabwe, pour ne citer que ceux-là, sont des exemples dans le genre.

Les chefs d’Etats et des gouvernements eux-mêmes, ainsi que les jeunes intellectuels[1] ne vont pas s’entendre sur le modèle de l’Etat à naître. Ils ne vont pas comprendre le fonctionnement de ce que l’on appelle Etat.

Or, on trouve les prémices de l’Etat moderne en Europe depuis les théories des philosophes grecs : Aristote, Platon… pour ne citer que ces deux-là. Cette théorisation se prolonge et surtout va s’enrichir pendant le siècle des lumières. Rappelons-nous de Jean Jacques Rousseau et son « contrat social », Thomas Hobbes et son « Léviathan », John Locke et son « Traité du gouvernement civil », Spinoza et son « éthique et son traité politique… » On peut relire tous les auteurs du siècle des lumières.

Il est important que les Africains qui étudient le siècle des lumières comprennent que cette période équivaut au triomphe de la science, de la connaissance et de la vérité scientifique sur l’endoctrinement, l’idolâtrie, les fétiches, la superstition, la sorcellerie et même sur la vérité religieuse.      

Il s’agit là d’une révolution intellectuelle dans la société occidentale. Les intellectuels ont pris les armes (le savoir, la raison) pour aller en guerre contre les monarchies pour définir le meilleur régime politique. Nombreux, à l’instar de Montesquieu diront que « la démocratie est le moins mauvais des systèmes politiques ».

Il est question du gouvernement civil, de la gouvernance des peuples par le peuple. Vu que chacun de nous abandonne une partie de ses droits entre les mains de l’Etat, comment ce dernier l’utilise alors pour gérer la « cité » ? Comment garantir à tous une place dans la société, dans la redistribution de la richesse nationale ? C’est quoi le pouvoir, l’égalité, la protection sociale, la liberté, l’insertion sociale, l’égalité des chances… ?

Autant de question qui relève de la philosophie politique et de l’économie politique que presque tous les chefs d’Etats africains ignorent. Ils dirigent leurs Etats comme un bateau qui navigue sur un océan agité sans boussole, sans balise… A coup sûr, on va au-devant de la catastrophe. Certains, à l’instar de René Dumont disait déjà dans les années 1960 que « l’Afrique Noire est mal partie ». On ne peut que lui donner raison aujourd’hui.

 

 Le siècle des lumières est à l’origine de la paix sociale en Europe. Voyez comment les leaders actuels citent ces auteurs. Même la révolution industrielle est venue se greffer sur les acquis du siècle des lumières. Sans les théories politiques et sociales du siècle des lumières, la révolution industrielle aurait peut-être accouché d’une sourie car cette révolution a bénéficié des idées des scientifiques et des intellectuels. Louis Pasteur lui-même a bénéficié des aides et des soutiens à la fois des politiques et des industriels naissant.

On voit là d’une savante combinaison entre les politiques, le monde économique et les intellectuels. On ajoute à cela les actions de la population civile, des associations, des ONG, des mouvements des professionnels (médecins, architectes, avocats, écrivains, journalistes, étudiants, des mouvements des femmes, des malades, des groupes d’intérêt, des agriculteurs…).

Au final, dans ces sociétés occidentales, on définit aussi la place des pauvres, de ceux qui sont dans la précarité et on met en place des politiques dites sociales pour répondre à leurs besoins, les soutenir, les accompagner dans des projets d’insertion sociale et professionnelle.

On parlera dès lors de société intégrée, de l’intégration sociale, c’est-à-dire une société dans laquelle chaque citoyen trouve sa place, en fonction de ses moyens, de ses compétences, de son parcours scolaire… Une société intégrée est une société qui vit dans la paix sociale. Les populations savent où aller, quoi faire en cas de problème. Une société dans laquelle les règles du jeu sont connues de tous, sinon de la grande majorité. Les autorités répondent avec efficacité aux attentes des populations.

Or, en Afrique en générale, personne ne sait c’est quoi la règle, quelles sont les règle du jeu. Pour donner un exemple, quel est le parcours idéal, depuis l’école primaire jusqu’à l’université pour avoir un bon boulot ? Peut-on gagner sa vie en ne faisant que de bonnes études, sans avoir un parent haut placé ? Ce n’est pas possible en Afrique.

Pour preuve, l’Afrique reste à ce jour le seul continent dont les cadres formés en Occident, en Chine, au Japon, en Australie… restent dans ces pays comme sans papiers. Ils ne rentent que s’ils ont de la famille haut placée dans le pays d’origine. Parmi ces sans-papiers, on trouve des médecins, des professeurs, des hommes de sciences, des juristes, des économistes, bref, des gros intellectuels.

 

Ainsi, pour parler de la paix continentale revient d’abord et avant tout de parler de la paix sociale dans chaque pays. Or, au regard de ce que je viens de décrire plus haut en parlant du siècle des lumières, nous voyons que les Etats africains sont loin d’avoir compris le fonctionnement des Etats modernes. Ils se cramponnent faussement dans des traditions qui n’ont plus rien à avoir avec les sociétés traditionnelles.

 

L’Afrique manque de théorie politique, de théorie économique et moins encore de théorie sociale. L’Afrique n’est pas, n’a pas été pensée par les Africains (politiques et intellectuels). Il y a eu des tentatives pendant la colonisation et après les indépendances. Mais, les dictateurs ont tout fait pour étouffer ces tentatives, instaurant le règne de la pensée unique.

 

Sans pensée et sans théorie, impossible d’arrivée à la paix sociale et donc il est utopique d’avoir la paix sur le continent. Toute tentative est vouée à l’échec.      

 

 

 

5-      Et Dieu n’y peut rien

 

Au lieu de défendre des droits politiques, les Africains font appel à Dieu. Voyez le nombre d’église en Afrique Noire. Les salles de cinéma à Pointe Noire au Congo-Brazzaville sont devenues des salles de prière. La culture est morte dans ce pays. On compte un lieu de prière tous les 100 m. Dieu a dit « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Comment croire que la simple prière règlera nos problèmes au lieu de travailler.

 

La paix de Dieu est une paix intérieure, une quiétude. L’homme doit être en harmonie avec lui pour l’être avec les autres. Les défauts que nous avons à l’intérieur de nous qui sont aussi appelés « péché, égo, démons rouges de Seth, agrégats psychologiques… », sont autant d’éléments indésirables que nous hébergeons à l’intérieur de nous et qui nous empêchent de vivre en harmonie avec nous-mêmes et en harmonie avec les autres.

 

Nous avons donc un conflit intérieur qui de temps en temps jaillit à l’extérieur et nous met en conflit avec les autres. D’où des bagarres, des disputes et au niveau macroscopique des Etats, des guerres. 

 

Pour cela, la solution radicale consiste à se débarrasser de tous nos défauts, de tous nos péchés pour vivre en paix avec nous-même et avec les autres.

 

Dieu nous aime. Malgré le comportement d’Adam et Eve dans l’Eden, Dieu ne cesse de nous envoyer des messagers (anges, prophètes, messie… selon les cas et selon les besoins) pour nous aider à nous racheter, à payer nos péchés et obtenir notre rédemption.

 

Mais voilà que même là, les Africains ont mal compris les attentes de Dieu vis-à-vis des hommes. Dieu, par ses enseignements nous aide à devenir de véritables hommes et ne plus être des machines humaines, des humanoïdes (car l’humain est un être parfait à l’image de Dieu) au service de l’économie terrestre et au service du péché. Les Africains pensent qu’en restant à genou toute la journée, ils auront la rédemption.

 

Seul le travail paie. Qui sème de l’arachide ne va récolter que de l’arachide. Il n’aura pas le maïs en plus parce qu’il a prié Moïse et il n’y aura pas de la banane parce qu’il a prié Jésus Christ). Et celui qui n’a rien semé ne va rien récolter. 

 

 

 

6-      Que faire alors ?

 

Il n’y aura pas trente-six solutions  

 

-          Sur le plan politique et social :

 

Il faut construire des véritables Nations et des véritables Etats. Le rôle premier revient à l’école. Tous les enfants doivent aller à l’école. Les programmes doivent refléter la réalité du pays à 70%, la réalité de l’Afrique à 20% puis le reste du monde à 10%. Quand on connait très bien son pays, on peut le penser, le repenser et le changer en la faisant évoluer en lien avec le monde. Or les Africains étudient plus l’Occident que leurs pays.

L’école est le seul endroit, le seul instrument pour construire la Nation, le sentiment National, le sentiment d’appartenance à la communauté nationale et non plus à une tribu ou une ethnie.

Dans les programmes, il faut intégrer dès le lycée des cours de philosophie politique et d’économie politique appliquées dans le pays concerné. Nous avons étudié ces cours comme des connaissances abstraites concernant l’Europe et non pas nous même aussi. Il faut dire c’est quoi le contrat social chez nous ? Qu’est-ce que l’Etat civil, l’Etat de droit chez nous ? C’est quoi la communauté nationale, la loi, la justice sociale, le meilleur gouvernement, la société civile, le bonheur, la santé… Ce sont là des thématiques qui sont réelles dans nos vies et non des abstractions. C’est à ce niveau qu’on attend l’école, l’université et les intellectuels. 

Jean Malonga, le grand écrivain congolais, le père des écrivains congolais était un chantre de la lutte pour les droits sociaux depuis l’époque coloniale. Il n’hésitait pas à démissionner d’un travail s’il supposait que les droits sociaux des salariés n’étaient pas garantis.

 

Nous pouvons, nous devons nous inspirer de la littérature africaine et congolaise pré et post coloniale. Cette littérature est riche et représente pour nous notre époque des lumières. Il y a aussi la philosophie africaine, la cosmogonie africaine…

Pendant les vacances, l’Etat doit organiser les colonies des vacances pour permettre aux enfants de changer de région et découvrir leur pays…

 Sur le plan politique, il faut un contrat entre les partis pour respecter le débat démocratique et non prendre les armes. La bonne gouvernance et des élections libres et démocratiques. Un contrat social qui définisse les places et les fonctions de chacun, détermine le degré de responsabilité et limite les pouvoirs des gouvernants, pour ne pas tomber dans l’absolutisme.

-          Sur le plan économique

 

L’économie doit permettre à chacun de trouver un travail. La bonne gestion économique doit se ressentir dans le pays. Que ceux qui ont étudié trouvent un travail. Aujourd’hui, tous les parcours universitaires mènent au chômage. Le seul parcours d’excellence est d’être membre de la famille au pouvoir.

 

Ainsi, laisser vivre 70% de la population avec moins d’un dollar américain par jour est la plus grande menace à la paix sociale. Les Etats doivent veiller à la bonne redistribution de la richesse : Aide à la scolarité, allocations familiales, garantie des salaires, des bourses, des retraites, sécurité sociale selon les revenus du foyer fiscal, aide à l’achat de logement... Ceci s’appelle intégration sociale, une société intégrée.

 

Si chaque pays africain a en son sein des éléments qui menacent la paix sociale, la paix intérieure, si chaque président africain pense à garder le pouvoir pour lui, si le peuple est pauvre, tout le continent est sous la menace de la guerre civile ou même des guerres dépassant les frontières.

 

Nous avons le Congo-Kinshasa, l’Angola, le Rwanda, le Burundi, le Mali, le Niger, le Tchad… Comment comprendre que le Nigéria, le grand Nigéria n’arrive pas à se débarrasser de Boko Haram, si ce n’est à cause de la corruption qui gangrène aussi bien les politiques que l’armée.  

 

Créer des emplois pour occuper les populations. Or, l’Afrique brille par la débrouillardise de ses populations. Chacun fait comme il peut, comme il veut, l’essentiel étant de ne pas menacer le pouvoir en place. La débrouillardise est le seul concept économique pour comprendre la misère des Africains.  

 

 

 

 

 

Conclusion

 

Lorsque j’ai commencé à écrire cet article, j’ai d’abord pensé écrire sur les théories de la paix : Héraclite avec la dialectique de la paix et de la guerre, Rousseau avec l’état civil et l’état de guerre, Saint Augustin, je pouvais parler de Kant, Hobbes, de Raymond Aaron, de Hans J. Morgenthau et sa théorie réaliste de politique internationale, Karl W. Deutsch et sa théorie de l’interdépendance… faire un catalogue des connaissances pour expliquer la paix. Mais après réflexion, j’ai pensé écrire un article qui fasse bouger les lignes, un article qui tranche avec le verbiage qui ne reflète pas la réalité de la situation ni des solutions qu’il faut apporter.

Qu’est-ce qu’il faut retenir : Nous gérons, comme l’Europe des Etats de type moderne importés de l’Europe. La Chine, le Brésil, les USA, le Canada, l’Australie ont aussi les mêmes modèles d’Etat. Tous utilisent les mêmes règles. Pi égale 3,14 est universel, sauf en Afrique où pi dépend de l’humeur du chef d’Etat. Il est égal 3,17 ou 3,18 si le président est de bonne humeur, il est de 3,13 ou 3,10 si le président est de mauvaise humeur.

La gestion des Etats modernes exigent le respect de certaines règles. Or, nombreux sont des chefs d’Etats africains qui ne veulent pas respecter ces règles, soit parce qu’ils sont ignorants, soit par ce qu’ils s’en fiche tout simplement. Il n’est pas possible de croire que de nombreux Africains ont étudié les sciences politiques, les sciences de gouvernement et les Etats bricolent des solutions fassent aux difficultés.  

Si j’ai parlé des temps modernes européens, du siècle des lumières, c’est parce que c’est un moment fondateur dans la construction des Etats modernes. Aussi, au lieu de discuter autour des changements de constitution pour se maintenir au pouvoir, il est plus important de discuter autour de la construction de l’Etat et de la Nation.

Les Africains ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Les autres ne pourront que venir aider. Mais avant tout, Aide-toi et le ciel t’aidera. Or les chefs d’Etats africains sont indifférents face à la misère du peuple et attendent des solutions venues d’ailleurs.

Soit nous allons appliquer les mêmes règles que les autres, soit nous allons disparaitre comme toutes ces civilisations étudiées en histoire. C’est l’ère d’« être ou du non être », « vaincre ou disparaitre ».     

 

  

Didier MOUEGNI IVOLO

Master’s degree en Politique Internationale

Université Fudan, Shanghai – Chine

Master2 professionnel Sciences Humaines et Sociales

Option Sciences de l’Education

Université Paris Descartes

Faculté des Sciences Humaines et Sociales - Sorbonne France

 

 



[1] Nous oublions que la génération Sédar Senghor, Houphouët Boigny, Pascal Lissouba, Massamba Débat, Ngouabi, Mobutu, Bongo, Nkuamé NKrouma, Sékou Touré… sont les premiers africains à aller à l’école du Blanc et donc sont les premiers cadres noirs africains. Ainsi, ils sont les premiers à inaugurer le règne de l’Etat moderne, dans le sens occidental du terme.