Dans un article publié sur le site internet de « l’œil d’Afrique, Un autre regard sur l’Afrique » le 27 février 2015, Monsieur Alain Akouala Atipault, ministre des zones économiques spéciales, essaie de défendre son parti et son président Sassou Nguesso, en soutenant la nécessité de changer la constitution. Seulement, malgré ses efforts, ses arguments restent limités voire faux. Ce qu’il dit ne tient pas debout.

Lisez cette réaction.

 

Modifier la constitution pour mettre fin à l’hyper président

Alain Akouala dit qu’il faut modifier la constitution car il faut introduire un premier ministre pour limiter les pouvoirs de l’hyper président. Mais, aux USA il n’y a pas de premier, le régime est présidentiel et il n’y a pas d’hyper président. Obama n’est pas un hyper président. Pour preuve, le sénat à majorité républicain mène même une diplomatie parallèle en invitant par exemple le premier ministre israélien aux USA. Ce n’est donc pas le régime présidentiel qui est un problème.   

 

Quand Alain Akouala Atipault dit que les institutions dysfonctionnent, qu’est-ce qu’il veut dire exactement ? Comment les institutions devraient-elles fonctionner ? Qu’est ce qui coince ? La constitution ou l’attitude du président Sassou Nguesso qui veut que lorsque les choses ne sont pas comme il veut, c’est que ça dysfonctionne ? 

Pour montrer que les institutions dysfonctionnent monsieur Akouala Atipault parle des ministres qui refusent de venir répondre aux questions des députés lors des questions au gouvernement. Mais ce n’est pas un problème de constitution, c’est un problème d’éducation politique, de responsabilité, d’éthique politique et même de civisme. Cela ne fait que confirmer ce que les Congolais redoutent, ce gouvernement et son président ne respectent pas les institutions et les règles du jeu.  

Des ministres qui ne répondent pas aux questions ? Pourquoi le président de la république ne les rappellent-il pas à l’ordre ? Sassou serait-il devenu la risée de ses propres ministres ? Il n’arrive pas à cadrer ses ministres et veut continuer à régner sur le Congo ? Raison de plus qu’il quitte le pouvoir en 2016, car ils n’arrivent pas à tenir ses ministres, d’après les propos d’Alain Akouala. Les Congolais apprécieront et jugeront en 2016.

 

La question d’identité

Alain Akouala dit : Le président Sassou va léguer l’identité congolaise à ses citoyens. Mais c’est quoi une identité ? Comment se construit une identité (individuelle, familiale, sociale et nationale) ? Quelles sont les ingrédients nécessaires à la construction d’une identité ?

L’identité n’est pas une fin en soi, elle n’est pas statique, figée. L’identité bouge, change, mais reste dans un cadre bien défini qui fait que malgré le mouvement, les citoyens se partageant la même identité se reconnaissent. Ils ont les habitus (pour parler comme Bourdier), ils ont les manières, les comportements, les croyances, les représentations, les habitudes…

L’identité commence dans la famille. Celle-ci transmet les valeurs, la morale, les interdits. La famille définit les places, les rôles et les fonctions de chaque membre du groupe. Après la famille, l’école prend le relais pour commencer à transmettre un savoir et une identité nationale. D’où la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, soit du CP1 à la terminale.

Par ce parcours, l’Etat, le pays est sûr de ce qui est transmis aux citoyens, donc il sait comment ses citoyens pensent, comment ils peuvent agir… « Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es », dit l’adage.

Alain Akouala peut-il dire aujourd’hui ce que les Congolais ont en commun ? Il n’y a pas de politique familiale. Chaque famille se débrouille pour élever ses enfants, quand certaines ne les abandonnent pas tout simplement. L’école publique est morte, elle n’existe pas. Les Congolais ont perdu foi à cette école alors que nous sommes tous des produits de cette école. Aujourd’hui, avec 60 voire 80 élèves par classe, comment enseigner, comment transmettre une identité sociale et nationale ? Je ne parle même pas des programmes scolaires…

Le troisième niveau de construction d’identité est le travail. En effet, le travail est un grand intégrateur. Cela confère un statut social.

Je pourrai aussi ajouter le monde associatif, le militantisme et même les voyages. Un Congolais qui a voyagé ou qui a vécu dans tel ou tel pays voit son identité changée, même s’il n’en est pas conscience.

Alors monsieur Akouala, pouvez-vous dire comment Sassou a fait pour construire cette identité ? Quelle est sa théorie sur l’identité congolaise, puisque l’identité est aussi une théorie, une représentation de ce que les leaders politiques et les intellectuels ont de leur société.

 

L’image de la guerre de 1997, quelle guerre ?

  En 1997, c’est Lissouba qui est au pouvoir. Sassou rentre au Congo et depuis son retour, le Congo est en ébullition. Des parents de Jacques Yhombi Opangault sont assassinés à Owando, des camps militaires et des commissariats sont attaqués, des armes volées. Les véhicules des assaillants seront localisés à Brazzaville, dans le quartier de Mpila, dans un domaine appartenant à un certain monsieur nommé Denis Sassou Nguesso. La question était de récupérer ces véhicules pour que la police et la justice puissent faire leur travail d’investigation. Exactement ce qui s’est passé pour le colonel Ntsourou. 

Donc le 5 juin 1997, il s’agissait d’une opération de police et de justice de plus banale, comme Sassou Nguesso le fait aujourd’hui. Serait-il d’accord que quelqu’un prenne les armes pour cela ? Non, ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de la république.

Pour ceux qui se rappellent, il y a eu ce fameux gouvernement 60 – 40 (60% opposition et 40% le pouvoir). Pour régler le conflit, des médiateurs internationaux viennent au Congo et  parmi lesquels Amani Toumani Touré connu sous le nom d’ATT. Celui-ci, après avoir rencontré tous les responsables politiques, fait son rapport sur radio et télé Congo. Il affirme que les armes qu’il a vues chez Sassou Nguesso sont un arsenal digne de quelqu’un qui prépare un coup d’Etat.

 ATT dit que même lui, ancien chef d’état-major et ancien chef d’Etat n’a pas besoin de toutes ces armes pour sa sécurité. Il dira aux Congolais de se méfier. La suite, vous la connaissez : Sassou fera effectivement son coup-d’Etat à partir du 5 juin 1997.  

 

Il est important de ne pas bricoler la réalité. Je constate que le PCT et le pouvoir sont gênés lorsqu’ils parlent de cette guerre de 1997. Ils en parlent en oubliant qu’en face, il y avait un pouvoir élu démocratiquement, sans fraude et sans contestation de la part des autres candidats, Sassou Nguesso compris.

 

 De la paix

Là aussi, je suis obligé d’interroger : c’est quoi la paix ? Et que serait le contraire de la paix ?

Il faut arrêter d’opposer la guerre à la paix. L’absence de guerre ne veut pas dire que nous vivons en paix, encore que le pouvoir doit dire au Congo c’est quoi la paix.

 

Lorsque 70% des Congolais vivent avec moins de 1 dollar par jour, sont-ils en paix ? Lorsque les Congolais ne peuvent pas se soigner, envoyer leurs enfants à l’école, lorsque la société n’est pas intégrée, les Congolais ne se sentent pas chez eux… peut-on parler de paix ? Lorsque l’armée angolaise occupe une partie du Congo, Kimongo à l’occurrence, et que le pouvoir a peur, ne dit rien, n’envoie aucun militaire pour protéger les populations, que le ministre des affaires étrangères dit refuser la polémique (cela est une incompétence) peut-on parler de paix ? Lorsque le long du fleuve Congo des militaires du Congo Kinshasa (certainement incontrôlés) chassent nos compatriotes et viennent jusqu’à 5 m de nos villages, peut-on parler de paix ?

 

Comme pour l’identité, la paix est une construction, est une vision et non une donnée statique. Pour garantir la paix, il faut que la société soit intégrée. Une société est dite intégrée lorsque dans cette société chacun y trouve sa place. Lorsque les familles comprennent les attentes de l’Etat et que ce dernier met en place les moyens pour permettre aux familles d’atteindre cette finalité, ces attentes. Il s’agit d’une société avec des garanties de vie, de parcours. Lorsque l’on va à l’école, on peut faire le choix d’un parcours et on sait qu’au bout de la chaine, il y a du travail, une bonne vie. Or, au Congo, tous les parcours mènent au chômage.  

Une société intégrée est une société dans laquelle les citoyens comme les responsables politiques  connaissent et comprennent les lois, les règles et les respectent.

Or, rien de tout ça n’existe au Congo : les médecins formés sont au chômage, les enseignants formés sont au chômage, même les diplômés de l’ENAM sont en chômage alors qu’il s’agit d’une école des fonctionnaires. Allez comprendre. 

 

 

De la communauté internationale

 

Là aussi, le pouvoir de Brazzaville fait diversion. Lorsque le Mali et la Centrafrique sombraient, tout le monde a demandé l’intervention de la France. Et lorsque la même France dit de ne pas changer les constitutions, on parle d’ingérence. Je ne souhaite même pas m’étendre sur la question. Les cas de Kimongo et le long du fleuve Congo, si cela avait dégénéré, Alain Akouala serait content de voir les militaires français nous venir en aide.

En somme, le Congo appartient à tous les Congolais. Ce pouvoir a vécu et a montré ses limites dans la gestion de la chose publique, dans un monde aussi complexe. Il faut donc passer la main. Et 2016 vous en donne l’occasion.