Introduction.

 

Personne ne sait quand ni comment Denis Sassou Nguesso est arrivé en politique, de même quand ni comment il est devenu militaire. Ce que l’on peut cependant dire, c’est que l’opinion publique congolaise voit Denis Sassou Nguesso pour la première fois lorsqu’il est ministre délégué à la défense sous le pouvoir de feu le président Marien Ngouabi, le seul immortel en Afrique, comme diront mes amis de la République Démocratique du Congo.

 

Entre le 18 mars 1977 (l’assassinat du président Marien Ngouabi, sans doute par l’armée) et le 5 février 1979 (le coup d’état de palais qui voit Sassou Nguesso évincé Jacques Yhombi Opangault sans coup de feu ni trompette), Sassou Nguesso ne va cesser de monter en grade : ministre délégué à la défense sous Ngouabi, il est le numéro deux du Comité Militaire du Parti (CMP) qui va gouverner le Congo jusqu’au 5 février 1979. Ce jour-là, il dépose Yhombi et devient président de la République, l’homme du 5 février, comme chanteront Mangoungou CLay et Youlou Mabiala.

 

A dire vrai, pendant le règne de Sassou1, les Congolais ont beaucoup aimé ce président. Il suffit de voir les louanges chantées en son nom entre 1979 et 1988 à peu près. Nombreux ont été des Congolais qui croyaient en ce monsieur, qui étaient convaincus que le plan quinquennal marchera. Nous étions nombreux à croire que l’autosuffisance alimentaire et la santé pour tous d’ici l’an 2000, devise du pouvoir de Sassou1 serait une réalité.

 

La suite, tout le monde la connait : désillusion, accroissement de la pauvreté, Programme d’Ajustement Structurel (PAS) imposé par le FMI et la Banque Mondiale, puis Programme d’Ajustement Structurel Renforcé (PASR), discours de la Baule de François Mitterrand car l’Afrique dans son ensemble était en faillite et en risque d’explosion, de crises et guerres liées à la pauvreté.

 

En 1992, Sassou devrait quitter le pouvoir, après la seule élection vraiment démocratique que le Congo ait connu jusqu’aujourd’hui puisque personne, ni Sassou, ni Kolelas, ni tout autre leader politique congolais n’a contesté la victoire du président professeur Pascal Lissouba.

 

Sassou Nguesso, revenu au pouvoir à la faveur du coup d’état le plus sanglant que le Congo ait connu à ce jour, se présente comme l’homme providentiel. Il a créé autour de sa personne, le mythe du seul homme, du seul président capable de gérer le Congo.

 

Peut-on parler vraiment de l’homme providentiel en politique ? Existe-il des exemples dans l’histoire de l’humanité des femmes et/ou des hommes providentiels ? Dans quelle circonstance ? 

 

 

1-      Mythe et providence : tentative de définition

 

D’après le dictionnaire Le Petit Larousse Illustré, le mot « mythe » vient du grec « muthos qui signifie récit ».Le Larousse donne donc trois sens du mot mythe, mais nous allons en retenir deux :

 

-          Le premier sens renvoie à un « récit populaire ou littéraire mettant en scène des êtres surhumains et des actions remarquables ». Nous pouvons ici penser au mythe de la caverne chez Platon connu aussi sous le vocable de l’ « Allégorie de la Caverne ». on peut aussi penser au mythe de Sisyphe chez Albert Camus ou au mythe nordique de Thor.

 

-          Le deuxième sens renvoie à une « représentation symbolique qui influence la vie sociale. La genèse hébraïque en est l’exemple le plus remarquable. Dieu a créé l’homme, l’a mis dans le jardin d’Eden. Ce dernier a péché, il est chassé de l’Eden et doit travailler pour vivre…

Toujours selon notre Petit Larousse Illustré le mot « providence » vient du latin « providentia », de « providere », qui signifie prévoir. Là aussi, le dictionnaire donne quatre sens au mot providence, mais nous allons en retenir trois pour mieux comprendre notre propos :

-          La première définition est d’ordre théologique, notamment chrétienne qui renvoie à la « suprême sagesse qu’on attribue à Dieu et par laquelle il gouvernerait toutes choses ».

 

-          La deuxième définition que nous allons retenir parle de « personne, événement, etc., qui arrive à point nommé pour sauver une situation, ou qui constitue une chance, un secours exceptionnel ».   

 

-          La troisième définition renvoie à une « personne qui veille, aide, protège ».,

 

Dans toutes ces définitions, nous avons le plus grand mal à voir l’action de nos chefs d’Etat. Au regard des situations de nos Etats, comment croire en lisant ces définitions qu’ils constituent la providence pour l’Afrique ? Or eux-mêmes se présentent ainsi. Mais dans le même temps, ils massacrent les populations en les laissant dans la misère totale et la maladie. La sagesse liée à la providence commanderait que les chefs d’Etats pensent d’abord à la population avant de penser à eux et à leurs familles.

 

2-      Des chefs de l’Etats et des gouvernements

 

Les chefs d’Etats et des gouvernements en Afrique seraient-ils les héritiers des grands rois et empereurs que l’Afrique a connu avant le contact avec le monde occidental et le monde arabo-musulman ? La réponse est sans conteste « non ». En effet, il n’y a pas de liens, de rapports entre ce que furent les rois et empereurs africains et les chefs d’Etats et de gouvernements d’aujourd’hui.

Les chefs d’Etats et de gouvernement arrivent au pouvoir après un demi-siècle environ de colonisation de l’Occident européen en Afrique entre 1890 et 1950 (1947 pour l’indépendance du Ghana). Ces chefs d’Etats et de gouvernement sont les premiers à aller à l’école du Blanc, ils ont profité d’être nés entre les années 1920 et 1930. Ils sont donc les premiers cadres moyens et supérieurs en Afrique.

Indubitablement, lorsque les pères du panafricanisme ont élaboré et théorisé sur la liberté de l’Afrique, sur les indépendances, lorsque ces pères du panafricanisme ont donné à ce continent son arme de combat et la finalité de celle-ci : les indépendances, ces premiers intellos ont eu la chance de prendre le pouvoir.

Sont-ils, ont-ils été des hommes providentiels ? Relèvent-ils des mythes fondateurs, des mythes des origines ? « NON », assurément pas. Ils ont juste eu la chance de naître avant et d’avoir été à l’école. Ils ont compris ce que le Blanc a enseigné et ont utilisé cet avantage pour confisquer le pouvoir. Laissant aux autres, juste la possibilité de faire des coups d’Etat pour s’accaparer du pouvoir. Ils ont tourné le dos très tôt à la démocratie, et là, toute chance de développement a été hypothéquée.      

 

 

3-      Des institutions de la République

 

La conséquence de la confiscation du pouvoir par les premières élites a été surtout la paralysie de toutes les institutions, sauf la présidence de la république. Tout part du président, tout revient au président. Il est le seul centre, le seul nombril du pays et tout doit tourner autour de lui. Sauf lui, personne ne sait ce qu’il faut faire en cas de problème.

 

Pour prendre un exemple simple que tous les congolais connaissent : l’explosion du dimanche 4 mars 2012 au nord de Brazzaville, quartier pourtant des dignitaires du pouvoir Sassou NGuesso. Cet évènement a duré toute la journée, de 7h à 17h. Mais ni la police, ni l’armée, ni les services secrets, ni la sécurité présidentielle, aucun organe chargé de la sécurité des Congolais ne savait ce qu’il se passait. D’ailleurs, certains officiels expliqueront qu’ils ont pensé à un attaque de Congo-Démocratique voisin, et cela jusqu’à 12h. Donc pendant 5h, aucune autorité au Congo-Brazzaville, Sassou NGuesso président compris n’a su prendre les bonnes décisions pour protéger la population.

Je pourrai ajouter les incursions de l’armée angolaise au sud du pays, dans la zone de Kimongo. Là-aussi, aucune autorité n’a su quoi faire ? Aujourd’hui encore, le peuple ne sait pas ce qu’il s’était passé, ce que les populations ont subi, les militaires angolais ont-ils violé des femmes, pillé du bétail… aucune commission parlementaire n’a été mise en place pour enquêter.

Il en sera de même de toutes les institutions de la république : le gouvernement, le parlement, les banques, la police, la fonction publique, l’école… toute la vie du pays dépendant d’un seul homme et peut-être aussi de sa famille.

Seule, des institutions démocratiques indépendantes, un système dans lequel chaque  institution connait sa partition et n’attend pas le président de la république pour savoir ce qu’il faut faire. Un système qui protège les populations, trouve des solutions à leurs problèmes. C’est dans ce sens que nous devons tous comprendre la pensée de Barack Obama lorsqu’il affirme que « l’Afrique a besoin des institutions fortes et non des hommes forts ». Il s’agit des institutions au service du peuple et non des politiques et surtout du seul président de la république et sa famille.   

Les Congolais doivent retenir que Sassou n’est pas l’homme providentiel du Congo. Après tant d’années passées au pouvoir, quel bilan pour sa gestion : Pauvreté extrême des Congolais (plus de 70% de la population vivent avec moins d’un dollar US par jour), le système de santé inexistant, les villes sont sales, le manque d’eau et d’électricité, les enfants qui ne sont pas tous scolarisés, des écoles qui ferment alors que la population croit… Bref, aucun avenir pour le peuple.

 

 

Conclusion

Je ne vais pas m’étendre dans cette conclusion. Je voudrai juste partager avec tous que nous devons cesser de surestimer les chefs d’Etats africains. Il faut les apprécier à leur juste valeur. Ils ont choisi de faire la politique pour trouver des solutions aux problèmes sociaux de la grande majorité de la population.

Le simple fait qu'un homme ou femme d’Etat arrive au pouvoir, dix ans après, si le chômage n’a pas baissé, il ne sert à rien de le maintenir au pouvoir, car les capacités de l’homme d’Etat, du président se vérifient dans la baisse du chômage et la maitrise de l’inflation. Le reste c’est du « blablabla ».

Ainsi, nous devons refuser les modifications des constitutions afin que ces chefs d’Etat ne se maintiennent au pouvoir.  

Il y a eu des hommes providentiels comme Nelson Mandela en Afrique du Sud. Mandela a permis à son pays de retrouver une place de choix sur le plan international, lui qui a été emprisonné pendant 27 ans. Gandhi, la Grande Ame est aussi un homme providentiel pour l’Inde, tout comme le Général de Gaulle l’a été pour la France pendant le second conflit mondial et après. Je pourrai aussi citer les pères fondateurs des USA qui ont signé la Déclaration d'indépendance ou la Constitution des États-Unis ont permis à ce grand pays de vivre en paix et de sceller l’Union entre tous les Etats.  

Au Congo-Brazzaville, Massamba-Débat et Pascal Lissouba ont été des hommes providentiels. C’est à cette époque que le Congo connait son industrialisation. D’autre part, Lissouba président de la république entre 1992 et 1997 a obtenu en deux ans, face aux institutions internationales et aux compagnies pétrolières surtout, ce que Sassou obtient en 7 ans voir 10 ans de négociation. La richesse du Congo, les revenus du pétrole que le pouvoir de Sassou utilise aujourd’hui, ce sont les retombées de ce que Lissouba avait obtenu face aux institutions internationales et aux multinationales.

Nous voyons ici le travail de Lissouba qui avait le souci de son pays, de son peuple. Aujourd’hui, les autres se retrouvent avec des dossiers de biens mal acquis. Comparez vous-mêmes.

Le premier secrétaire de l’UPADS, Pascal TSATY MABIALA, a raison de dire, PLUS DE TRENTE ANS, SASSOUFFIT.

 Didier MOUEGNI IVOLO

Master’s degree en politique internationale

Master2 pro Sciences Humaines et Sociales, option Sciences de l’Education

Faculté des Sciences Humaines et Sociales - Sorbonne

1er Secrétaire de la Section UPADS Paris Île-de-France