Brazzaville, le 16 janvier 2015

Mesdames et Messieurs les Journalistes,
Distingués invités,
Depuis près de dix ans maintenant et sans discontinuer, l’U.PA.D.S ne déroge pas à sa tradition, celle qui consiste à commencer ses activités annuelles en échangeant avec les chevaliers de la plume et du micro.
Cet exercice que nous affectionnons tant, participe de notre attachement  aux valeurs de liberté et de démocratie car sans la presse,  le monde plonge  dans l’obscurantisme.
Au moment où nous échangeons avec vous, la France, cette mère des libertés, venait d’être durement frappée par le fondamentalisme et l’extrémisme.
En effet, comme nous le savons tous, CHARB,  TIGNOUS, CABU, WOLINSKI, HONORE et les autres, ces journalistes talentueux, au crayon sans égal, ont été froidement assassinés au nom d’un idéal  rétrograde qui a pour nom le fondamentalisme.
Nous sommes solidaires de la France, et par-delà, de tous les peuples épris des valeurs de liberté  et de progrès à travers le monde. Nous sommes Charlie  !
Pour cela, je voudrais vous inviter respectueusement à observer une minute de silence en mémoire de toutes les victimes de cette série d’attaques contre la France,  particulièrement, contre le journal satirique CHARLIE HEBDO, le 7 janvier 2015 en plein cœur de Paris.
L’Afrique, notre continent, est elle aussi touchée par le terrorisme. En plus des mouvements djihadistes (Aqmi, Ansar-Dhin, MNLA) qui écument le Sahel et déstabilisent l’Afrique de l’Ouest, en particulier le Nord du Mali, le Nigeria,  puissance régionale de premier plan, subit les horreurs de BOKO-HARAM.
Son projet de créer un Khalifat qui comprendrait une partie du Cameroun, du Niger, du Tchad et bien entendu du Nigeria, nous inquiète d’autant que l’Afrique centrale pourrait ressentir l’onde de choc de cette barbarie.
Mais, heureusement il n’y a pas que des nouvelles alarmantes. Au Congo notre pays, dans sa quête inlassable d’unité, l’opposition vient de réussir un coup de maître en se rassemblant autour d’un Front républicain pour le maintien de l’ordre constitutionnel. Ce Front appelle le Président de la République à convoquer une concertation sur la préparation de l’élection présidentielle de 2016. Alors qu’on la croyait incapable d’un tel sursaut, c’est un démenti cinglant que l’opposition congolaise, désormais rassemblée, vient d’apporter à l’opinion nationale et internationale. L’U.PA.D.S, membre du Front républicain, salue la naissance de ce rassemblement et adresse ses félicitations aux partis et associations qui en ont pris l’initiative.
Mesdames et Messieurs,
 Déjà en son temps, Confucius, ce philosophe de la Chine antique, avait perçu l’intérêt du ministère de la parole pour éviter à l’homme la condition d’un forçat. En cela il a eu raison de prédire, je cite : 
« Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté », fin de citation.  Or,  la liberté de pensée est absolue ou elle n’est rien.
La révolution française, par le biais de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, avait consacré la liberté  comme le tout premier des droits naturels de l’homme. Et pendant des siècles, des milliers de personnes ont payé le prix de leur sang pour garantir sa pleine jouissance.
 Elle implique, en outre, que la tolérance à l’égard des comportements humains, lorsqu’ils ne portent pas  atteinte à l’ordre social établi, devienne le levier du dispositif relationnel entre individus. Ceci ne contraste pas avec cet autre point de vue  qui affirme, je  cite : « je ne suis pas d’accord avec  ce que vous  dites, mais je me battrai jusqu’à ma mort pour que vous ayez le droit de le dire ».
C’est pourquoi l’U.PA.D.S  condamne  avec fermeté toutes formes d’actes ou de violence ayant pour but de ramener l’homme à l’état primitif, à la situation du maître  et de l’esclave, car l’homme est un être de raison qui ne peut être utile à l’humanité que s’il exprime librement ce qu’il pense.
Mesdames et Messieurs,
L’année 2014 a été féconde pour l’U.PA.D.S qui a réussi  à couvrir l’ensemble du territoire national de ses organes intermédiaires et de base.
Nous avons tenu les sessions du Conseil National et du Bureau Politique conformément aux Statuts et au Règlement intérieur  de notre Parti. L’U.PA.D.S a  pris part, en toute responsabilité, au débat sur l’ensemble des questions liées aux élections dans notre pays. Quoique parfois incompris par certains de nos compatriotes, nous avons choisi la voie qui nous semblait la mieux indiquée.
Nous affirmons, par conséquent, que notre participation au processus électoral était raisonnable et réfléchie et, n’eussent été les graves dysfonctionnements constatés sur le terrain et la fraude massive, l’U.PA.D.S aurait eu des résultats autrement plus éloquents.
Après tout, le plus long voyage commence toujours par le premier pas, dit la sagesse populaire.
Au reste, les structures du Parti fonctionnent régulièrement, en dépit de quelques difficultés dues principalement à l’insuffisance de moyens financiers. Ce qui nous oblige de redoubler d’efforts en cette année charnière de l’élection présidentielle de 2016.
Dans cet esprit, la direction de l’U.PA.D.S a retenu pour 2015, entre autres tâches, la poursuite  de l’implantation territoriale du Parti ; la mise en place de deux organisations spécialisées du Parti par la tenue de leurs Congrès respectifs, il s’agit des Jeunes et des Femmes ; la construction du nouveau siège du Parti dont les travaux, officiellement lancés le 20 décembre 2014, se poursuivent normalement et la préparation de l’élection présidentielle de 2016.
Mesdames et Messieurs,
L’actualité chez nous reste dominée par le message des vœux de nouvel an du Président de la République au peuple Congolais.
Ce message tant attendu par tous n’a été, comme d’habitude, qu’une occasion supplémentaire d’étouffer le principal au profit de l’accessoire.
Le Président a parlé, pour l’essentiel, de la conjoncture économique liée à la chute du cours du baril de pétrole, de la priorité accordée au travail, du transport urbain à Brazzaville et à Pointe-Noire,  des institutions, du calendrier électoral pour 2016 et 2017, d’un probable arbitrage du peuple sur la question qui est sur toutes les lèvres des Congolais, à savoir le changement ou non de la Constitution.
 Qu’en pense l’U.PA.D.S ?
Pour notre part, nous sommes stupéfaits de constater, à l’instar d’autres concitoyens, qu’on invite les Congolais au travail  alors même qu’il y en a qui, jusqu’à plus de 40 ans, n’ont jamais connu le monde de la production. Pour dire simple, n’ont pas de travail.
Le Président de la République,  bénéficiaire de deux mandats consécutifs  depuis 2002, ne nous dit toujours pas combien d’emplois ont été créés par lui en vue de résorber le chômage, devenu endémique et humiliant.
L’économie nationale n’est toujours pas diversifiée. La forte dépendance de notre pays du pétrole l’expose aux convulsions du marché pétrolier que la volatilité des prix du baril place dans l’instabilité. On le voit, lorsque le marché pétrolier s’enrhume, le Congo se met immédiatement à tousser, confirmant ainsi la vulnérabilité de son économie en dépit des taux de croissance élevés.
La situation sociale des Congolais demeure un véritable supplice. Les mesures prises en faveur des fonctionnaires  restent en-deçà et inexplicables pour un pays aussi pourvu en moyens budgétaires, dont la seule faiblesse est l’égoïsme et la préférence clanique de ses dirigeants.
Et que dire de la société de transport en voie de création ?
Et bien, ce ne sera ni plus ni moins qu’une autre opportunité d’enrichissement illicite de la nomenklatura. Mais au-delà de l’inaptitude de ce pouvoir à la gestion de la chose publique, c’est davantage l’inexistence des routes dans nos centres urbains, principalement à Pointe-Noire et Brazzaville, qui est l’obstacle majeur à la création d’un service public de transport urbain performant et pérenne.
Mesdames et Messieurs,
Devant l’incapacité du Président de la République à trancher le débat oiseux en cours sur la Constitution, que lui-même contribue à amplifier et auquel s’ajoutent les confusions obstinées du PCT et ses alliés qui interprètent malicieusement la Loi fondamentale, nous nous permettons une fois de plus de repréciser la position de l’U.PA.D.S pour que les Congolais soient fixés à jamais.
Non au changement de la Constitution !
Non à la participation à tout dialogue qui ne porterait pas exclusivement sur la préparation de l’élection présidentielle de 2016 !
Autrement dit, que les partisans d’un dialogue inclusif ne comptent pas sur la participation de l’U.PA.D.S qui limite strictement ce dialogue à un seul point : la gouvernance électorale, étant entendu que le maintien de l’ordre constitutionnel est non négociable.
Pour revenir au message de vœux à la Nation du Président de la République, nous relevons qu’il a soigneusement évité de prononcer les mots Constitution, référendum, changement, révision et leur a préféré des euphémismes. Mais le débat est sous ses pieds, parce qu’il l’a lui-même laissé prospérer au sein de sa majorité, si tant est qu’il pourrait ne plus en avoir la maîtrise.
Le rapport du Bureau politique de son parti sur le débat constitutionnel, auquel s’est ajoutée l’analyse de la gestion du pays au cours de cette décennie, lui donne matière à réflexion. En effet, le regard critique de cette instance du parti au pouvoir sur la gestion calamiteuse du gouvernement, laisse entrevoir des craquements dans l’unité réelle ou supposée de la Majorité présidentielle. Lorsque le Bureau Politique du PCT écrit, je cite : « …La Constitution actuelle ne prévoit pas les mécanismes de son changement. L’article 86 relatif à l’initiative référendaire ne parle que de la révision et non du changement… Dès lors, sur quelle base juridique, poursuit ledit rapport, le Président de la République peut-il organiser un référendum pour faire adopter une nouvelle Constitution ? Une telle initiative sans fondements juridiques ne serait ni plus ni moins qu’un coup d’Etat constitutionnel… » 
Enfin, à la page 20, le rapport assène le dernier coup en affirmant, je cite : « Sans entrer dans les détails, on peut dire que la dégradation sociale actuelle du pays est la conséquence pour beaucoup de la mal gouvernance. »
On croirait lire un rapport de l’U.PA.D.S. Eh bien, non ! Il s’agit bel et bien du rapport du Bureau Politique du PCT.
Par ailleurs, point n’est besoin d’agiter le spectre de la guerre. Personne ne la souhaite ; en tout cas pas l’U.PA.D.S, convaincus, nous sommes, que la guerre n’est pas le moyen de règlement des conflits. Il faut cependant craindre que ceux qui agitent le chiffon rouge ne soient les vrais pyromanes.
Le Congo, comme l’a reconnu lui-même le Président de la République, est un bien si précieux, qu’il n’est dans l’esprit de personne de le replonger dans une guerre absurde, aux conséquences incalculables. Que le peuple congolais se rassure de notre capacité à lui éviter des drames inutiles. Mais, en même temps, qu’il sache qu’avant le Président SASSOU il y a eu le Congo. Et qu’après lui, il y aura le Congo. Le Congo éternel, le legs de nos ancêtres que les Pères de l’indépendance nous ont transmis. Ces derniers, dans leur idée de construction de la Nation Congolaise nous ont enseigné des valeurs sublimes à défendre, à savoir : l’unité, le travail, le progrès qui sont, par ailleurs, les fondements de notre identité.
Ainsi, l’U.PA.D.S s’insurge-t-elle contre le tribalisme qui explique la non prise en compte de tous les cadres du pays et génère des frustrations qui ne permettent pas de garantir la cohésion nationale.
Le défaut d’unité, de partage, de solidarité, de justice, rend illusoire la paix prônée par le Président de la République qui en a fait son credo politique. Tout au plus, cette paix, telle celle de César imposée dans toutes les provinces dans la Rome antique, ne sera qu’une paix armée si elle ne prend pas en compte les exigences d’unité et de partage, valeurs fondamentales de notre société.
Mesdames et Messieurs,
Je ne saurais terminer ce message de vœux de nouvel an à la presse, sans dire un mot sur ce qui s’écrit sur l’U.PA.D.S et ma personne dans vos colonnes et, en particulier, dans les publications du journal Le Patriote.
Provocation ? Volonté de nuire ? Manipulation honteuse de l’opinion ? Telles sont les questions que je me pose à la lecture des articles incendiaires, ciblés sur ma personne, et bien entendu sur notre parti. Nous sommes accusés de tous les maux, en particulier de celui très grave de fauteur de guerre. En l’occurrence, Le Patriote attribue la responsabilité de la guerre du 5 juin 1997 qu’il rappelle à l’envie, à l’U.PA.D.S et à Tsaty-Mabiala.
Nous avons toujours jugé inutile de répondre à ces provocations, à ces allégations mensongères, convaincus qu’elles mourront de leur propre poison, mais aussi parce que les publications sur la guerre du 5 juin dont certains auteurs sont des proches du Président SASSOU pour être ses conseillers en communication ou ses marchands d’armes, semblaient avoir éclairé les Congolais sur la préparation et le déclenchement par les FDU de la guerre. Un d’entre eux a conclu son livre en accusant ouvertement les FDU d’être les vrais responsables de la plus meurtrière des guerres civiles que notre pays ait jamais connues, si on y complète les massacres de Bacongo et les tueries dans les pays du Niari.
Au demeurant, Le Patriote ignore-t-il que la guerre a commencé à Owando et s’est poursuivie à Oyo où a été décimée toute la garde du Président Yhombi qui se rendait à Brazzaville ? Aujourd’hui, cette sale guerre qui a ramené le PCT au pouvoir, alors qu’il était condamné à rester longtemps dans l’opposition et certainement à jouer les éternels faiseurs de roi, est racontée par les vainqueurs du 15 octobre, exactement comme si les Nazis avaient gagné la 2ème Guerre mondiale. Ils n’en auraient pas dit le contraire que d’en attribuer la responsabilité à Roosevelt, à Churchill, à Staline et à De Gaulle.
A Nuremberg, ce n’est pas Göering et ses frères d’armes qui auraient été jugés et fusillés, mais Eisenhower, Leclerc et autres généraux des forces alliés. De même, les chambres à gaz, la Shoa n’auraient jamais existé.
Le cours de l’histoire aurait changé et nous apprendrions autre chose dans nos manuels scolaires.
Aujourd’hui, pour Le Patriote, le simple fait de refuser de participer au dialogue proposé par le pouvoir pour assouvir ses fins politiques, ou d’entrer dans un gouvernement d’union nationale, est un casus belli. Que Le Patriote arrête de fantasmer sur un sujet aussi douloureux qui a profondément marqué notre pays et vis-à-vis duquel il nous faut tous faire preuve de retenue, de responsabilité et nous remettre tous au jugement impartial de l’histoire.
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Qu’il me soit permis de vous rappeler que vous avez une place de choix dans la construction de la Nation congolaise, généreuse et fraternelle, et dans l’approfondissement de sa démocratie qui puise ses principes dans les valeurs universelles de l’humanité. 
Vous êtes de plus en plus présents dans notre vie quotidienne, mais surtout, vous êtes témoins de notre marche à travers le temps pour écrire l’histoire du Congo. Aidez la démocratie congolaise à s’affirmer de manière définitive, ainsi vous rendrez service à la nouvelle génération, à nos jeunes qui doivent  pleinement  participer à la vie politique et citoyenne de la République.
Je vous souhaite, à toutes et à tous, mes vœux de succès et de plein essor pour vos organes respectifs.
Que 2015 vous ouvre des perspectives meilleures. Courage face aux difficultés qui jonchent le parcours de votre métier. Mais le combat pour  la démocratie et la liberté n’a pas de prix. J’ai bon espoir que le triomphe sera au rendez-vous. Santé et bonheur à tous.
Je vous remercie.  
                                                                      
   Fait à Brazzaville, le 16 janvier 2015
                                                                                  

   Pascal TSATY-MABILA