On pensait que le débat sur le changement ou non de la constitution de 2002 allait être relégué à l’arrière-plan dans la campagne des élections locales du 28 septembre 2014, pour céder la place aux propositions des uns et des autres sur la manière de mieux gérer les mairies, les municipalités et les départements.  Erreur ! L’Upads s’appuie, au contraire, sur son opposition au changement de la constitution de 2002 pour mobiliser sa base. Mais le Parti congolais du travail (PCT), qui ne s’est pas encore prononcé sur le sujet, semble être désemparé. 

 

«C’est un thème de mobilisation électorale. S’il y a une grande poussée du PCT,  qui fait un raz-de-marée,  ils  diront : le pays est à nous, on n’a plus rien à craindre,  nous allons engager le processus de référendum pour changer la constitution. Mais si une gifle est donnée ; s’il constatent que ce n’est pas si facile que ça,  je crois que le président de la République entendra ce message et fera excessivement attention ». Ces paroles sont de Pascal Tsaty Mabiala, secrétaire général de l’Upads. Elles ont été prononcées à Nkayi, mercredi dernier, devant des militants et sympathisants du parti de l’ex-président Pascal Lissouba, dans le cadre de la campagne électorale des élections locales qui auront lieu le 28 septembre 2014 sur toute l’étendue du territoire national.

 

Pierre Ngolo, secrétaire général du PCT, s’est vu obligé de réagir en ces termes: « Pour ceux qui boycottent, comme pour certains qui [s’y]  sont engagés, la consultation du 28 septembre 2014 constitue une espèce de référendum. Et ils le disent de façon explicite. Référendum pour le changement ou non de la constitution. (…) L’échec du parti congolais du travail, et le triomphe de l’opposition et d’autres forces qui lui sont connexes, serait (…)   un message du peuple à l’endroit du parti congolais du travail et du président. Ce message serait un désaveu du peuple et dont le président [devrait] tirer les conséquences. Et pourtant, vous savez que jusque-là le Parti congolais du travail n’a pas engagé le débat sur la constitution pour que les locales soient considérées comme un référendum.  Mais tout ça, c’est de la provocation, mais tout ça aussi c’est des attitudes politiques qui cachent à peine le projet de nos adversaires ».

 

Comme on le voit, le débat sur le changement ou non de la constitution de 2002 s’est invité dans cette campagne. En choisissant ce thème, Pascal Tsaty Mabiala vise deux objectifs essentiels. Premier objectif : il entend affirmer son ancrage à l’opposition en adoptant un thème qui fait aujourd’hui la raison d’être de ses concurrents de l’opposition radicale. Ce faisant, il  atténue au niveau de sa base les ravages que pourraient occasionner les critiques de ses concurrents  qui lui ont souvent reproché sa participation au processus électoral, alors que toutes les conditions d’un scrutin viable n’étaient pas réunies selon eux.

 

Deuxième objectif : profitant du fait que le camp adverse ne s’est pas encore ouvertement prononcé sur cette question, Pascal Tsaty Mabiala a vite perçu l’avantage de mobiliser sa base électorale sur ce thème en donnant à cette élection la forme d’un pré-référendum.  En agissant de la sorte, il  espère, dans le cadre de ces élections locales, obtenir  une certaine victoire qui viendrait d’un refus anticipé de sa base de voir être changée la constitution de 2002.

 

Quant à la réaction de Pierre Ngolo qui parle de « provocation », elle laisse entrevoir un certain aveu d’impuissance. Car le problème aujourd’hui au PCT, c’est que les cadres et responsables de ce parti attendent tout du président de la République, dans le cadre de ce débat sur le changement ou non de la constitution de 2002. Ils ont de la peine à anticiper, à prendre des initiatives. Cette léthargie renforce l’opposition sur cette question, puisqu’elle donne l’image d’un parti au pouvoir en difficulté. L’initiative des sages,  qui soutiennent le changement de constitution, loin de profiter au PCT, l’isole davantage, puisque, sur ce débat,  elle le relègue au second plan.

 

Mais la conséquence  de cette guéguerre entre le PCT et l’Upads,  sur cette question,  pourrait être le renforcement des clivages entre les bases des deux partis politiques. Car, l’initiative de Pascal Tsaty Mabiala ne vise que la fidélisation de la base de l’Upads. Elle n’a pas l’ambition d’aller à la conquête d’autres fiefs électoraux. Et le PCT, s’il tombe dans le jeu de l’Upads, pourrait se recroqueviller lui-aussi, alors qu’il a tout intérêt à s’ouvrir afin de mieux se préparer pour les combats à venir.

 

Journal Le Troubadour, 4 décembre 2014

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