Introduction

 

Très souvent dans mes articles, j’insiste sur le rôle des connaissances acquises à l’école, au collège au lycée et à l’université. Ces connaissances sont essentielles car elles nous permettent de comprendre notre pays, de savoir d’où nous venons et comment préparer l’avenir. Ces connaissances nous permettent aussi de comprendre les autres, le monde et savoir comment interagir avec lui. Pour résumer cela, je ferai appel à la maxime chinoise qui dit que « Zhong guo zhou xiang shitié, shitié zhou xiang zhong guo », ce qui veut dire que « la Chine va vers le monde et le monde va vers la Chine ». Ce qui suppose une relation de réciprocité. Une réciprocité qui ne peut être possible si les deux mondes, des deux côtés on n’utilise pas le même logiciel.    

Ceci étant, pour que les Congolais comprennent qui ils sont, d’où viennent-ils, où veulent-ils aller, avec quels leaders, pour quel projet, comment vivre ensemble, quel Etat pour quel avenir… pour toutes ces questions, les Congolais doivent faire confiance aux connaissances acquises de l’école primaire à l’université. C’est avec ces connaissances qu’ils peuvent développer leur pays.

Or, ce qu’il vient de se passer au Congo remet en cause tout ce que nous avons appris et je en comprends pas pourquoi même les professeurs qui ont enseigné ces connaissances, ce savoir ne réagissent pas.

Voyons cela.

1-      Etat des lieux

 

Sans verser dans le tribalisme, je voudrai réfléchir avec tout le monde sur le recensement administratif qui a eu lieu au Congo-Brazzaville. Je sais que pour le pouvoir en place, la moindre occasion est bonne pour polémiquer. Mais je ne suis pas là pour ça. Un intellectuel pose des questions, analyse les données, élabore des hypothèses et propose des actions ou des solutions. Ainsi, je vais appeler un chat un chat et cela n’a aucune connotation tribale ou régionale.

Ainsi, Denis Sassou Nguesso a organisé le recensement administratif pour élaborer les listes électorales en vue des élections de 2014 à 2016. Mais la confection de ces listes électorales pose problème. Pour comprendre le problème, j’ai fait un tableau qui récapitule les chiffres de deux périodes.

Nous nous souvenons qu’en juin 1996, sous prétexte que le professeur Lissouba, alors président de la république du Congo, l’avait dérangé dans son sommeil, le général de guerre Denis Sassou Nguesso avait déclenché le coup d’Etat le plus sanglant du Congo. La communauté internationale retiendra le chiffre de 15 000 morts civils.

Après sa victoire, Sassou avait promis de rétablir la démocratie et jurait que plus personne ne pourra se maintenir au pouvoir. Cependant, pour être sûr de durer au pouvoir, il a mis à 7 ans  la durée du mandat présidentiel.

Le problème avec le temps c’est que chaque seconde qui passe, chaque minute qui passe nous rapproche de l’échéance. Ainsi, Sassou Nguesso pense à changer la constitution pour se maintenir au pouvoir. Mais il s’y prend mal et c’est ce que vous allez voir.

 

2-      Le tableau du menteur tricheur

Dans ce tableau ci-dessous, j’ai mis bout à bout les données du recensement de 2007 et celles de 2014, réalisées toutes deux par Denis Sassou Nguesso lui-même. Voyons cela.

 

 

Chiffres comparés des recensements administratifs de 2007 et 2014

Départements

Chiffres en 2007

Chiffres en 2014

Différence

Kouilou

45 977

30    217

-15 760

Niari

115 635

96 231

-19 404

Bouenza

154 536

112 894

- 41 642

Pool

118 297

92    824

-25 473

Plateaux

87 295

116 913

+ 29 618

Likouala

77 057

121 881

+ 44 824

Cuvette

78 022

121 213

+ 43 191

Cuvette-Ouest

36 499

44 412

+ 7 913

Sangha

42 869

60 622

+ 17 753

 

 

Petite Analyse

En 2007, les départements du sud du Congo-Brazzaville comptaient 434 445 électeurs et ceux du nord 321 742. Soit une différence de 112 703.

En 2014, curieusement, les départements du sud ne comptent plus que 332 166 électeurs soit 102 279 électeurs en moins. Où sont-ils passés ? Sassou doit s’expliquer sur cette baisse vertigineuse de la population dans ces départements.

Dans le même temps, au nord, il y a 465 041 électeurs soit une augmentation de 143 299 électeurs. Comment cela est-il possible ? D’où viennent tous ces électeurs supplémentaires : Des pays voisins ? Sachant que nos frontières sont poreuses et sachant que pendant son coup d’Etat de 1997, Sassou a fait venir des mercenaires étrangers y compris l’armée angolaise. Ces mercenaires sont-ils devenus des Congolais, donc électeurs potentiels ?

Pour les démographes spécialistes de l’Afrique noire, et c’est ce que nous avons étudié jusqu’à l’université, le taux de croissance de la population Congo-Brazzaville est d’environ 2,7%. Pour la Banque Mondiale, ce taux a été de 2,5% en 2013.

Dès lors, faisons les calculs :

Nous avons vu qu’en 2007, il y avait 321 742 électeurs. Si on tient compte de la croissance de la population comme les intellectuels (les gangas mayeles ou les kalaka ya duengas) géographes et démographes de l’université Marien Ngouabi nous ont enseignés et qui se situe à 2,5%, on obtient donc une augmentation de 8 043,55 habitants qui n’auront pas d’ailleurs en 7 ans de vie la majorité des 18 ans pour voter.

Mais ce n’est pas grave et j’anticipe les critiques de mes confrères intellectuels. Ajoutons quand même ce chiffre car chaque année, il y a des mineurs qui arrivent à la majorité. Mais le pourcentage de ces mineurs est égal à la croissance de la population. Donc 321 742 de 2007 + 8 043,55 nous donnent 329 785,55. Je demande à tout le monde et surtout au gouvernement du Congo-Brazzaville et à son président Denis Sassou Nguesso de refaire le calcul et d’interroger le département de géographie de l’université Marien Ngouabi ou l’institut de statistique.

On ne peut parler de développement d’un pays avec des chiffres bidon. Faites attention.  

Revenons à notre analyse.

Je ne refais pas les calculs pour les électeurs du sud car comme on peut se rendre compte, en 7 ans de vie, la courbe de croissance ne peut s’inverser entre le nord et le sud de façon naturelle, avec seulement la capacité de certaines femmes à fabriquer et à produire des enfants. La seule chose qui puisse justifier cette inversion est l’intervention machiavélique de l’homme, d’une main invisible ou visible pour satisfaire un projet politique dangereux qui consiste à décimer une partie de la population et favoriser l’autre partie.       

 

3-      Eléments d’analyse

Je ne cache pas ma déception quant à la manière avec laquelle notre pays est gouverné alors même que nous avons des intelligences au Congo même et à l’étranger. C’est pourquoi je ne comprends pas ce débat idiot et inutile autour du recensement administratif. Je ne sais pas si ceux qui dirigent le Congo sont conscients de ce qu’ils disent, écrivent et valident. Car comment pouvons-nous prétendre marcher vers le progrès avec comme objectif le Congo pays émergent d’ici je ne sais quelle échéance.

Monsieur Sassou Nguesso, si vous dites émergent, c’est parce que vous pensez et vous êtes convaincu que le Congo est immergé. Mais dites-moi, dites-nous, en trichant avec la science, en bricolant avec la science, vous compter nous émerger comment ? Car il n’y a pas plus d’une solution, il n’y en a qu’une : appliquer les normes scientifiques dans tous les domaines et dans toutes les circonstances sans tricher.

Pour exemple, les banques ont bricolé avec les règles de a finance, nous sommes en crise aujourd’hui et plus personne ne sait comment en sortir. Les Grecs ont bricolé leur données macroéconomiques pour entrer dans la zone euro, voyez vous-même les conséquences aujourd’hui. Les Chinois ont failli acheter complétement ce pays, mais face à la montée des révoltes des Européens, ils se sont limités à l’achat des ports et de quelques sociétés.

Alors Monsieur le président, allez-vous tirer des leçons ? Si la Chine est pays émergent, si le Brésil, la Turquie, l’Inde, l’Afrique du Sud sont des pays émergents c’est parce que dans ces pays on applique les mêmes lois qu’en occident. Partout, p(pi) = 3,14 et ce que l’on soit en occident ou partout dans le monde. Or à vous suivre, p(pi) au Congo dépendrait de la météo d’Ewo ou de Dolisie, peut-être à celle de Kinkala ou de Bétou.  

La théorie de p (pi)m’a été enseignée par Théophile Obenga à la faculté de Brazzaville. Son cours portait sur l’Egyptologie et notamment les données actuelles du problème. Pour Obenga je cite « il ne s’agit pas d’enseigner une science passée qui nourrit les fantasmes. Il faut enseigner la science en train de se faire. Quelles sont les données actuelles ». Et Obenga nous disait déjà que si on ne respecte pas la science, on ne peut pas avancer et c’est d’ailleurs pour cela qu’il avait choisi de soutenir Pascal Lissouba car il était le seul qui avait compris l’importance de la science pour les projets futurs du Congo. Et en parlant de p (pi), Obenga affirmait que si cela est égal à 3,13 ou 3,15 (comme on le voit avec les chiffres du recensement de Sassou), on n’obtient pas une roue parfaite, symbole de la marche vers le progrès. Pour conclure, Obenga faisait le lien entre la roue et la puissance de l’Egypte Pharaonique car c’est en Egypte qu’a été fabriquée la première roue. Donc on peut se déplacer très vite, produire aussi vite.

Merci pour vos enseignements professeur.

 

Conclusion

 

Après ce que je viens d’écrire, la conclusion va de soi. Sassou Nguesso n’est pas celui qu’il faut pour que le progrès, le développement et la démocratie existent au Congo. Il vaut mieux pour lui de ne pas changer la constitution et tenter de se maintenir au pouvoir car le Congo risque de tomber plus bas que terre.

Pour le recensement administratif, si Sassou affirme que les chiffres sont bons, sont exacts, alors une conclusion s’impose : soit il reconnait qu’il a triché, soit il reconnait qu’il a tué plus de 100 000 personnes au sud du pays pour inverser les chiffres. Il doit donc s’expliquer.

Dans le même temps, la communauté internationale doit demander des comptes au gouvernement du Congo-Brazzaville. Les Présidents François Hollande, Barack Obama, la Chancelière Allemande Angela Merkel, le premier ministre britannique David Cameron, l’Union Européenne, l’ONU, l’Union Africaine… tous ne peuvent pas laisser passer un tel mépris de Sassou vis-à-vis de son peuple. Il traite son peuple comme il veut.

J’espère que le peuple congolais ne va pas attendre encore longtemps.    

 

MOUEGNI IVOLO Didier

Master degree de politique internationale

1er secrétaire de l’UPADS Section Paris-Île-de-France