Ce 31 octobre 2014, la rue vient de contraindre le Président Blaise Compaoré à signer sa démission. Arrivé au pouvoir en 1987 par un coup d’état marqué par le lâche et odieux assassinat de son ami et frère d’arme Thomas Sankara, voulant coûte que coûte rester au pouvoir, Blaise Compaoré trébuche sur l’article 37, véritable verrou constitutionnel qu’il avait lui-même posé pour écarter de potentiels concurrents. Tel est pris qui croyait prendre.

 

Une semaine avant le 30 octobre 2014, date prévue par le Président-Médiateur pour faire un passage en force à l’Assemblée Nationale afin de faire exécuter sa volonté c’est-à-dire la suppression du fameux article 37, le climat de contestation et d’insurrection régnait déjà dans tout le pays des hommes intègres, le Burkina Faso dont une marche pacifique des femmes, la marche des spatules (inti ya fufu) et une gigantesque manifestation de la jeunesse. Ce climat orageux culmine le 28 octobre 2014 et devient une ébullition populaire à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, à l’issue de l’appel au soulèvement lancé par les partis d’opposition. Résultat du passage en force : peine perdue.

 

L’ivresse du pouvoir et l’égoïsme politique ont empêché le dictateur Compaoré de savoir discerner entre contestation de quelques groupuscules politiques et colère du peuple Burkinabé tout entier. Et ce qui devait arriver, arriva. Son règne se termine comme celui de tous les dictateurs ou du moins, de tous ceux qui tentent de le devenir. Il n’a pas su tirer les leçons de la fin de règne minable d’Abdoulaye Wade quand ce dernier a voulu tripatouiller la constitution sénégalaise soit pour se cramponner au pouvoir soit pour y mettre son fils.

 

Le médiateur chevronné des crises politiques de l’Afrique de l’ouest que l’on prenait pour un sage, à tort on le constate, s’est révélé incapable et impuissant devant la crise sociopolitique dans son propre pays. Second du « GROUPE DES REVOLUTIONNAIRES » derrière Thomas Sankara, devenu l’homme fort du groupe, vient de partir la queue entre les pattes comme un chien battu. Aujourd’hui, Blaise Compaoré vient de signer sa mort politique car à cause de son obstination à garder le pouvoir, l’assaut de sa garde prétorienne vient de faire plus de trente morts et une cinquantaine de blessés. Il en répondra soit à Ouagadougou soit à La Haye.

 

Le courage du peuple Burkinabé tout comme celui du peuple Sénégalais avant lui, a démontré que les dictateurs en Afrique n’ont plus une longue carrière politique. Les armes et les munitions de guerre que le dictateur Blaise avait amassées ne l’ont pas protégé contre la colère et le soulèvement de la population. Ainsi, à cause de cette humiliante fin de règne, tout le travail qu’il a accompli sera mis dans les oubliettes, et de ses 27 longues années aux commandes du pays, les Burkinabés ne retiendront que sa fuite, l’ex-président Blaise Compaoré ayant été chassé par une insurrection populaire parce qu’il voulut changer la constitution pour se maintenir au pouvoir.

 

Entre 2015 et 2016 l’Afrique va connaître de nombreuses élections présidentielles. Certains présidents en fin de mandat et constitutionnellement en fin de règne nourrissent les mêmes velléités de changement ou de modification de la constitution comme Compaoré et Wade pour se maintenir également au pouvoir. Nous osons croire que ces deux cas de figure de fin malheureuse de leurs compères les inspireront à suivre la voix de la raison et d’être sages vis-à-vis des revendications et des aspirations de liberté et de démocratie de leur peuple. Car, dit-on : cela n’arrive pas qu’aux autres.

 

Joseph MABIALA BOUANGA