J’ai connu François Soudan au milieu des années 1980. J’étais élève au collège de La Fraternité à Brazzaville. Mon oncle Raymond, troisième du nom après ma mère achetait souvent les magazines « Jeune Afrique ». Je me souviens même qu’il avait acheté un livre écrit par François Soudan sur Kadhafi et la CIA. Dans la famille, nous aimions ces histoires écrites par Soudan sur la CIA, l’espionnage.

 

 

Nous savions qu’à l’époque, François Soudan faisait déjà l’apologie des chefs d'Etats africains. Ce qui donnait aux acheteurs de Jeune Afrique comme mon oncle, un sentiment de trahison car, autant ils aimaient ce magazine par la qualité de ses analyses sur les sujets internationaux mais dans le même temps, ce magazine pêchait par ses apologies, tel un griot, aux chefs des Etats africains.

 

Si j’écris ces lignes, c’est parce que depuis un certain temps, François Soudan manque de respect au peuple congolais. Il pense que parce qu’il fait désormais partie de la famille Sassou-Nguesso par le biais de l’alliance avec la nièce de ce dernier, cela l’autorise à critiquer le peuple congolais qui souffre à cause de son bel oncle.

 

 

Dans son éditorial de Jeune Afrique n° 2799 du 31 août au 16 septembre 2014, Soudan écrit que « le référendum c’est l’expression du pouvoir souverain du peuple, de son autodétermination et de sa décision suprême, la source première d’une légitimité qui ne peut être soumise à celle d’aucun autre organe ». Alors, Soudan peut-il m’expliquer comment Sassou Nguesso peut légitimer son retour au pouvoir par coup d’Etat en 1997 ? Est-ce le peuple qui, par le biais d’un référendum, lui aurait dit de faire un coup d’Etat ? Est-ce le peuple congolais qui lui aurait dit de détruire tout ce que la Conférence Nationale Souveraine (la seule vraie que le Congo aurait connu depuis son accession à l’indépendance) avait construit comme institutions, comme relation entre le pouvoir et le peuple (Lissouba acceptait toutes les critiques, il supportait même les injures, ce que Sassou Nguesso n’accepte pas aujourd’hui) et comme sentiment national ?

 

 

Soudan ajoute « Alexis de Tocqueville écrivait qu’au-dessus […] de toutes les institutions réside un pouvoir souverain, celui du peuple, qui les détruit ou les modifie à son gré. Y compris les constitutions… »

 

Il est intéressant de voir que M. Soudan retienne dans tout l’héritage que nous a laissé Alexis de Tocqueville, ce qui va servir le projet de Sassou-Nguesso. Je vous dis que ce monsieur prend les Congolais pour des idiots. Voyons ce qu’il a écrit à la lumière de la méthodologie du commentaire de texte que nos professeurs congolais de français, de philosophie et d’histoire-géo enseignaient :

 

Tocqueville comme ses contemporains avait aussi compris que si le peuple était souverain, on ne pouvait cependant laisser le peuple décider de tout, partout et tout le temps par le biais du référendum. C’est pourquoi chaque Etat devrait se doter d’un parlement, d’un gouvernement, d'institutions pour gérer ce pouvoir du peuple. Aucun Etat ne peut être gouverné par référendums. Il est important de replacer chaque événement dans son contexte. Pour Tocqueville, lorsque le besoin se ressent, on fait un référendum. Et puis, il faut rappeler que Tocqueville est  né à Paris le 29 juillet 1805 et mort à Cannes le 16 avril 1859. Il s’agit d’une époque de construction pour la France (républicaine), une période de transition car la France se cherche le meilleur modèle de gouvernement, la France construit ses institutions.

 

 

 

Or le Congo a une constitution écrite par Sassou-Nguesso, et c’est encore lui qui dit aujourd'hui que ce qu’il a écrit il y a seulement douze ans ne marche plus. Allez-y comprendre quelque chose. Il n’y a pas de crise politique au Congo, il n’y a pas de bagarre entre les partis politiques au Congo, il n’y a pas de crise des institutions. Il y a seulement Sassou-Nguesso et les siens qui s’agitent et tentent par tous les moyens de se maintenir au pouvoir. Au moins sur cette dernière idée, Soudan ne pouvait être plus clair.

 

 

 

En France par exemple, le peuple ne peut proposer une loi. Le gouvernement fait des projets de loi et les parlementaires des propositions de loi. La démocratie n'exclut pas l'existence de règles, de normes à respecter. 

 

Si Sassou veut montrer qu’il respecte le peuple et souhaite le consulter, il l’aurait fait avant d’engager nos troupes militaires en Centrafrique. Quel est ce président qui dit aimer son peuple et paie trois mois de salaire aux fonctionnaires centrafricains alors que les hôpitaux au Congo manquent de médicaments ? Comment Sassou Nguesso peut-il solliciter l’avis des Congolais pour se maintenir au pouvoir alors qu’il préfère prêter plus de 300 millions de fcfa à Ouattara (ou à la Côte-d’Ivoire, à vous de choisir) au lieu d’utiliser cet argent pour s’occuper du peuple qui souffre ? Et comment aller au référendum avec des listes électorales fausses ?

 

Y a-t-il eu génocide au Congo ? Sinon comment expliquer cette inversion de la population dans les listes électorales entre le nord et le sud du Congo ? Soudan connaît les historiens et les géographes congolais (il est journaliste, semble-t-il), qu’il les interroge sur la baisse de la population au sud et la croissance démographique exponentielle au nord.

 

 

François Soudan est marié à la nièce de Sassou Nguesso. Ainsi, il y a conflit d’intérêt lorsqu’il critique l’opposition congolaise et les opposants africains. Il est français et il sait qu’en France, il ne serait plus journaliste politique. Anne Sinclair, Béatrice Schönberg, Marie Drucker, Audrey Pulvar… se sont toutes retirées des émissions politiques dès lors qu’elles se sont mises en ménage avec des hommes politiques. D’autre part, on verrait mal les enfants et nièces des hommes et femmes politiques, ainsi que leurs belles familles, animer des émissions politiques et critiquer les opposants à leurs parents et belles familles.

 

 

Pour terminer, je dois rappeler aux Congolais certains faits à garder en tête :

 

1.                   Sassou Nguesso est arrivé au pouvoir avec Marien Ngouabi à la fin de l’année 1969. Il est 2ème personnalité du Congo sous Yhombi Opangault entre 1977 et 1979. Il est président du Congo de 1979 à 1992. Il est revenu à la faveur du coup d’Etat militaire le plus sanglant au Congo avec plus de 15 000 morts et règne sans partage, en maître absolu depuis 1997. Il a échoué sur toute la ligne. Les congolais n’attendent plus rien de lui. il doit partir.

 

2.                   Même en Chine, le président fait deux mandats de 5 ans et quitte le pouvoir. Les Chinois ont compris que s'éterniser au pouvoir est nuisible pour tout Etat. Donc il faut limiter les mandats.

 

3.                   Si François Mitterrand avait imposé les démocraties lors du discours de la Baule, c’est parce que les hommes comme Sassou avaient échoué. D’autre part, Soudan n’est pas plus éclairé que John Terry et Barack Obama qui sont contre les changements des constitutions et réclament des institutions fortes pour l’Afrique.

 

 

Pour le moment, je demande aux Congolaises et aux congolais de rester vigilants face à ces forces qui tentent de démontrer le contraire de ce qui se passe dans leurs pays d’origine. Ce que François Soudan dit de l’Afrique, c’est ce que les occidentaux comme lui refusent pour leurs pays. Là, il nous prend pour des imbéciles et cela me met en colère. 

 

 

 

Didier MOUEGNI IVOLO

 Master en politique internationale

 Université Fudan  Shanghai – Chine

 1er secrétaire de l’UPADS Paris-Ile de France