Depuis 1997, celui qui a été à la tête de la coalition internationale contre le Congo se comporte en irresponsable. Sur le plan des institutions, on est passé de l’Acte fondamental – marque déposée du PCT depuis sa fondation en décembre 1969 - à la Constitution de janvier 2002 taillée sur mesure pour permettre à M. Sassou Nguesso de caresser l’illusion d’avoir, au moins une fois dans sa vie, gagné une élection. Avec un cynisme consommé, celui que ses adulateurs ont appelé tantôt « Le Bâtisseur infatigable », « Papa Bonheur », « l’Homme des masses », « l’Homme des actions concrètes », etc., M. Sassou Nguesso donc, en rédigeant cette constitution de 2002, s’est ingénié à écarter ses adversaires les plus redoutables parmi lesquels M. Jean-Pierre Thystère Tchicaya d’où le fameux article superflu sur la limite d’âge. Mal lui en a pris car- probablement né vers 1939 puis vers 1943 - il se rend à l’évidence qu’il a officiellement plus de 70 ans et qu’il est donc concerné par cet édit. Il s’arrache les cheveux, que faire ? Le comble pour celui qui est né pour commander aux hommes. La solution c’est le changement de Constitution pour mourir au pouvoir. Quelles sont les raisons qui ont présidé à l’agitation fébrile qui normalement n’a pas lieu d’être ? Au demeurant, faisons observer que cette Constitution n’a jamais été respectée par M. Sassou Nguesso et son administration.

 

Il y a trois raisons qui ont amené le président à opter pour le changement de la Constitution :

 

1) ayant commandité des crimes de masse – crimes contre l’humanité - entre 1997 et 2002 dont Les Disparus du Beach constituent la partie émergée de l’iceberg ; pour échapper aux plaintes déposées devant les tribunaux indépendants, mieux vaut avoir l’immunité que confère la fonction présidentielle ;

 

2) après le pillage du Trésor public qu’il organise avec sa famille et sa tribu comme le montre l’existence de plus de cent comptes ouverts dans les banques françaises ; avec cette richesse frauduleusement acquise qui leur a permis d’acheter biens mobiliers et immobiliers, des voitures de luxe, des bijoux… à de milliards de CFA connu sous l’appellation des Biens Mal Acquis ; pour retarder l’échéance, il lui faut la couverture que lui procure la fonction présidentielle.

 

3) à la tête d’un pays très riche en pétrole, en minerais divers et en essences rares, M. Sassou Nguesso, imbu de lui-même, en mauvais gestionnaire, ne veut pas voir un autre congolais réussir - avec les mêmes ressources - là où il a brillamment échoué à savoir doter le pays des infrastructures dignes du 21 ème siècle, d’écoles et hôpitaux modernes, faire que tout congolais ait l’accès à l’eau et à l’électricité, moderniser l’agriculture et l’habitat…

 

Ne respectant ni la loi fondamentale du Congo ni l’homme, cet homme qui n’aime que les ors de la république veut rester au pouvoir pour continuer à piller et jouir avec les siens des avantages de la fonction. Il faudrait que les artistes des deux Congos continuent à les louer, que les ralliés de la dernière heure MM. Thierry Moungalla et Mabiala prennent le relais. Le premier a vite oublié les propos qu’il tenait du temps où il était avec feu André Milongo, le deuxième ayant vainement attendu le retour du professeur Lissouba au pouvoir a fini par faire comme MM François Nguimbi, Pierre Michel Nguimbi, Laurent Tengo, Claudine Munari Mabondzo et consorts. La semaine dernière dans un restaurant couru de Pointe-Noire, les sassouistes de la première heure raillaient M. Mabiala.

 

Comme au temps du communisme tropical, le PCT, à travers ses nouveaux recrus(1) sus cités, infantilise le peuple. Changer une Constitution ce n’est pas aller à un meeting, ni à un mariage. C’est un acte qui demande réflexion et débat fructueux. Seuls y sont conviés les constitutionnalistes, les juristes spécialistes de l’administration, les sociologues, les historiens et quelques politiques. Ce n’est pas une affaire des « sages » - notion aux contours flous - ni des miliciens ayant la conscience chargée par des meurtres qu’ils ont commis. Que viennent y faire des sages dépourvus de toute compétence dans le domaine des constitutions ? Que viennent faire des miliciens ? On attend de la part de ceux-là un pardon solennel pour des meurtres qu’ils ont commis, pour des exactions faites sur leurs compatriotes innocents à la demande des politiques parmi lesquels le général Sassou Nguesso et qu’ils attendent la réponse des victimes avant de se mêler de ce qui les dépasse. Qu’est-ce qu’un sage ? Celui qui accepte les 2000 cfa frauduleusement sortis du Trésor public ? Celui qui répond toute honte bue à l’appel de la propagande de M. Sassou Nguesso via ses instruments ? Les sages et les miliciens peuvent-ils répondre aux questions suivantes : qu’est-ce qu’une Constitution ? Combien ont lu celle que s’apprêterait à changer M. Sassou Nguesso ? A quelle crise majeure doit faire face le Congo, qui nécessiterait le changement de constitution?

 

Tous les arguments avancés tant par MM. Sassou Nguesso que Moungalla sont vains. Peuvent-ils nous dire de quelle année date la Constitution américaine ? A-t-elle été un obstacle au développement fulgurant des Etats Unis d’Amérique ? Dans la confusion qui caractérise souvent sa pensée et son verbe, M. Sassou Nguesso mélange un régime parlementaire, celui de l’Allemagne par exemple, avec un régime présidentiel - le sien. Dans le premier il n’y a pas de limitation de mandats. Dans le second qu’il a imposé au peuple congolais, les mandats sont limités.

 

Cette Constitution est bonne pour le pays - elle nous a apporté la paix dans la mesure où elle a permis au seigneur de la guerre d’être aux commandes du pays. Il est temps qu’il s’en aille et cède la place à un congolais ou à une congolaise qui aime le pays. Ses partisans poussant l’outrecuidance plus loin disent que sans lui le Congo ressemblera fort à un bateau ivre. Il faut pour notre pays et pour notre peuple une femme jalouse ou un homme jaloux de l’indépendance nationale, qui gérera avec rigueur les finances du pays, qui nommera les hommes et les femmes de toutes les régions du Congo, tout le contraire de M. Sassou Nguesso qui les dilapide en les distribuant aux étrangers, lui qui ne nomme que les femmes et les hommes d’une partie du pays. Etre au pouvoir ne signifie pas confondre bien public et patrimoine personnel. Etre au pouvoir c’est servir le peuple. Or avec le PCT la corruption a atteint des sommets inégalés. Jamais le Congo n’avait été le pays où, à chaque échelle sociale, il faut corrompre pour obtenir un service.

 

Monsieur le Président, on ne change pas les règles du jeu en pleine compétition. Cela s’appelle tricherie, truanderie et brigandage. Tout ce que les hommes civilisés rejettent. Le Congo est à la croisée des chemins : soit le vrai peuple se dresse contre la volonté monarchique de M. Sassou Nguesso et sa clique, soit le peuple des 2000 fcfa triomphe et le Congo sera couvert d’opprobre et adieu l’indépendance, la liberté et le rêve de démocratie.

 

André NGAWA, militant UPADS Pointe-Noire (Congo).

 

(1) Recru : bois repoussé après la coupe.